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28/01/2014

ANDRE NOCQUET ET KISSHOMARU UESHIBA... ENTRETIEN

 

 

Cet article tiré du site de la GHAAN est malheureusement toujours d'actualité... Mais quand cesserons-nous notre corporatisme à l'excès ?!

 

La Richesse des Différences

Dialogue entre André Nocquet et Kisshomaru Ueshiba, second doshu.

Au moment où le Ministère de la Jeunesse et des Sports souhaite vivement la réunification de l'Aïkido Français, la réponse que fît le DOSHU au cours d'une interview à TOKYO est une invite à accueillir et à reconnaître comme "partenaires", d'abord ceux qui nous ressemblent, mais surtout les "AUTRES", ceux qui sont différents de nous, par leur origine, leur style, leur grade, leur âge, leur ancienneté, leur morphologie, leur façon de "Vivre l'Aïkido".

Nous tous, AÏKIDOKA de FRANCE, que nous appartenions à la Fédération Française d'Aïkido et de Budo ou à la Fédération Française d'Aïkido Aïki-Budo et Affinitaires, l'occasion est offerte, grâce à la déclaration de DOSHU, de vérifier l'acuité de notre regard et la finesse de notre écoute pour le respect absolu de nos "Différences".

Question posée à Maître KISSHOMARU UESHIBA

J'aimerais vous demander ce que vous envisagez pour l'avenir de l'Aïkido au niveau international. Je comprends que le but actuel de la Fédération Internationale d'Aïkido est de répandre une méthode d'enseignement unique pour servir de base à ce qu'on peut appeler l'Aïkido véritable. Il y a de nombreux Maîtres qui excellent au HOMBU DOJO en utilisant une technique personnelle. Dans ces conditions, comment à votre avis le véritable Aïkido peut-il se répandre à travers le monde avec une méthode d'enseignement uniforme ?

Réponse de Maître KISSHOMARU UESHIBA

Eh bien ! je pense que répandre une méthode d'enseignement unique ou quelque chose de la sorte est secondaire. Le but essentiel de l'Aïkido est d'atteindre l'amitié par le biais de cette discipline. Le but de la Fédération Internationale d'Aïkido est avant tout de répandre et de développer L 'AMITIÉ INTERNATIONALE".

Attaquer quelqu'un en déclarant "Ce que vous faites est faux", ou "vous ne devriez pas pratiquer de la sorte, ce n'est pas le véritable AïkiDo", est quelque chose à éviter.

Donc, si les uns pratiquent avec des "différences techniques", il s'avère cependant que tous pratiquent avec leur style propre, conscients de l'Unité qui les relie à la Fédération.

J'espère par-dessus tout que par le biais de l'Aïkido, chacun s'y rencontrera et fera "FI" des différences de style et de technique ainsi que des nationalités de ceux qui ont conçu des méthodes d'enseignement différentes et dont la pratique est quotidienne.

Dans le but d'améliorer les "TECHNIQUES", il est nécessaire de modifier petit à petit les méthodes d'enseignement. Je ne pense pas que nous ferons quelque chose d'insensé comme de commencer à fixer un cadre au mur avant d'y intégrer l'image ! La VOIE de l'Aïkido réside avant tout dans la "Spontanéité" et le "Naturel" de chaque pratiquant.

Les "TECHNIQUES" de l'Aïkido sont à l'infini et comportent de multiples facettes. Bien qu'elles semblent séparées en fonction du Style particulier de chaque Expert, il existe cependant une UNITÉ entre elles et un ORDRE. C'est en considérant L’UNITÉ de ces "TECHNIQUES" que réside la beauté de l'Aïkido.

Voilà pourquoi nous n'avons pas l'intention d'englober l'Aïkido dans une "STRUCTURE", qu'elle soit politique, idéologique ou économique, c'est à dire construire une organisation pour tout y inclure. Le but de la Fédération Internationale d'Aïkido est avant tout de répandre et de développer L’AMITIÉ INTERNATIONALE.

Conclusion

Grâce au point de vue exprimé par le DOSHU K. UESHIBA cette similitude des Aïkidoka qui pratiquent dans le Monde un art et un sport est rassurante et reposante. Elle apparaît comme le signe de l’Unité IDÉALE, c'est à dire la reconnaissance aux "AUTRES" de leur droit à la "DIFFÉRENCE". Elle les pousse à s'organiser pour être capables de l'exercer effectivement.

C'est l'attitude de tolérance que nous propose Le DOSHU KISSHOMARU UESHIBA, une "VUE PLURALISTE" de l'Aïkido, ouvrant à l'expression des différentes sensibilités et des divers courants de pensée de quiconque aime l'indépendance et la liberté.

Le Maître Morihei UESHIBA, lui-même, avec sa grande expérience des hommes et du monde, n'ignorait pas que des "GROUPES" naîtraient et se combattraient à cause des "DIFFÉRENCES DE TECHNIQUES " des experts. Comme son Fils Kisshomaru, il insistait, en déclarant que ces "Différences de Style" étaient SECONDAIRES, et que seuls "L'ESPRIT D’AMITIÉ SINCÈRE" et le respect absolu de chaque Expert étaient essentiels.

Le Maître était contre la codification des "TECHNIQUES" en "MÉTHODE". Avec une "Méthode" disait-il, "Il n'y a plus d'originalité dans la création d'un 'Geste'. Il ne reste que la maîtrise de gestes figés". L'Aïkido, selon le Maître-Fondateur, est avant tout "LIBERTÉ" "INDÉPENDANCE" et la codification des "TECHNIQUES" en "MÉTHODE" se fait au détriment de la liberté individuelle et de la volonté d'expression de chaque pratiquant.

Pour un débutant, certes, une classification est utile comme "AIDE-MÉMOIRE", mais elle devient vite un "Barrage" diamétralement opposé au concept de spontanéité dans l'application d'une "Technique". "Il faut apprendre pour désapprendre" disait le Maître, c'est à dire, abandonner les "STRUCTURES".

Le Maître avait créé l'Aïkido pour les Intellectuels, de manière à les "dés-intellectualiser".

Maître SAOTOME, que j'ai bien connu à ses débuts à l'AÏKIKAÏ en 1955, a déclaré récemment dans la revue "KARATÉ" nº 11O : "Il faut bien voir que les gens qui viennent à l'Aïkido n'ont pas tous les mêmes motivations, ni la même structure physiologique. Chacun apprend une forme de Base, mais l'adapte en fonction de ces données".

Monsieur Jean-Paul AVY, dans une organisation Fédérale a dessiné les perspectives de structure, permettant aux Experts d’Écoles d'Aïkido différentes de conserver leur originalité, morale, spirituelle et technique.Il a créé les conditions d'une conjonction harmonieuse des grands courants techniques, en garantissant la richesse d'enseignements différents. Cette conception marie l'UNION et la LIBERTÉ et rejoint entièrement le point de vue de DOSHU Kisshomaru UESHIBA, concernant le développement de l'Aïkido dans le Monde.Au moment de la création d'une Fédération Française d'Aïkido UNIQUE, il nous serait utile, dirigeants et pratiquants de nos deux Organismes, de méditer ces quelques Orientations, plutôt que de feindre de les ignorer, comme nous avons tendance à le faire pour ce qui nous dérange, pour ce qui nous fait peur.

En Aïkido, il faut dépasser notre peur, pour aller vers ceux qui en sont la cause. Nous avons peur des " AUTRES", parce qu'ils ne sont pas comme nous, c'est pourtant pour cela qu'ils sont une "RICHESSE", pour nous.

N'ayons pas peur de ceux qui ne nous ressemblent pas et dont les propos ont des résonances inconnues à notre niveau d'entendement. C'est avec "EUX-MÊMES" que nous sommes appelés à nouer des relations nouvelles et fructueuses. Découvrir que les "AUTRES" sont nos "SEMBLABLES" en dépit de leurs "DIFFÉRENCES" voilà l'essentiel de la pensée profonde du Fondateur de l'Aïkido, O SENSEÏ Morihei UESHIBA. Nous découvrirons alors : LA RICHESSE DE NOS DIFFÉRENCES.

27/01/2014

stage de CHRISTIAN MOUZA DU 26/01/2014

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Ce week-end a donc eu lieu le stage de Christian Mouza.

Samedi, plus d'une quarantaine d'enfants et professeurs de la ligue ont bénéficié de son expérience pour envisager l’Aïkido avec les enfants. Le lendemain dimanche, ce fut un peu moins de quarante pratiquants qui se sont retrouvés, pour aborder un travail de sensations, de prises de contact et d'aspirations, aboutissant à un déséquilibre de uke dans le relâchement...

Ensuite un travail avec le tanto, tout aussi subtil. Un petit plus avec une manière très surprenante du travail de Saotome Senseï dans le relâchement et l'utilisation de n'importe quelle partie du corps pour déséquilibrer le partenaire. Également en fin de cours, un travail avec deux tanto...

De contact facile, Christian Mouza a répondu à nos questionnements amicalement et avec le sourire. Merci pour tout cela.

En fin de stage, il a remis les diplômes de 2°Dan et 1°Dan à deux pratiquants du club de Vichy.

Bravo pour leur travail.

 

Quelques photos du stage

 

Cliquer sur la photo pour l'agrandir

 

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site de Christian Mouza

 

 

 

kata dori et gyakku hammi katate dori




PLUS DE PHOTOS CI-DESSOUS

lien pour les photos du journal "La Montagne"


24/01/2014

FRANCK NOËL

 

 

Prochain stage

 

http://aikido.noel.pagesperso-orange.fr/documents/pau.jpg

 

Voici une interview de Franck Noël par Aïkidojournal pour

 

en savoir un peu plus sur

son parcours.

 

Nous ne trouvons que 3 vidéos de Franck Noël sur You Tube. Ceci est dû au fait qu'il ne souhaite pas être filmé, préférant la vision de l'instant... mais quand même cela nous aiderait un peu !!!

 

Cliquer sur l'image pour accéder au contenu de l'interview.

 

23/01/2014

JEAN-MICHEL MERIT

Pour ne pas l'oublier !

Né en 1955, Jean-Michel Mérit commence l’aïkido à Saujon fin 1972. Travaillant pour la SNCF, il se retrouve à Paris et devient un élève de Christian Tissier en 1979 et durant plus de 20 ans. En 1980, sa rencontre avec Yamaguchi Senseï lui a laissé des sensations et émotions exceptionnelles. En 1984, Saotome Senseï est un autre catalyseur dans sa progression, il découvre grâce à son enseignement des valeurs philosophiques et spirituelles... Il participe à chacun de ses stages et devient son uke favori au stage d'été du Vigan. Endo Senseï ne le laisse pas indifférent et le relie à Yamaguchi Senseï. C'est grâce à Christian Tissier qu'il rencontre tous ces Maîtres.
DTR de la région Poitou-Charentes, il devient 6°Dan Aïkikaï en 2004.


Malheureusement, il décède le 17 octobre 2008.


Ceci est simplement un petit rappel pour ceux qui ne le connaissaient pas. Aujourd'hui, son enseignement continue à travers l'association Inazuma Kaï .

 

Pour en savoir un peu plus, lisez cet article consacré à Jean-Michel Mérit.

 

 Aïkido Magazine juin 1999

pour voir l'article en pdf, cliquer sur la photo du magazine

PDF - 2.4 Mo

Jean Michel Mérit, interview temple sur lot 2002



22/01/2014

SAOTOME MITSUGI

Cet article paru dans les dossiers de Karaté Bushido est le hors série n°1 de Mai/Juillet 2005.

Sur les photos  uke : Jean Michel Mérit (article de demain)

"O Senseï avait l'habitude de dire : "La voie du budo est la voie qui établit l'harmonie". Aujourd'hui, le mot et l'image du budo perdent de leur sens originel, et se limitent bien souvent à l'ensemble des arts martiaux et militaires. Alors qu'O Senseï disait : " Bu est amour".

Le plus haut niveau de conscience du Budo, tel qu'il a été enseigné par les grands maîtres est la protection de la vie..." Saotome Senseï nous rappelle le principe originel de l’Aïkido  qui est de protéger et de favoriser l'épanouissement de chacun dans la société... Et pour cela, nous devons commencer par nous-même.

 

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CLIQUER 2 FOIS SUR L'ARTICLE POUR AGRANDIR

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Saotome Shihan Seminar 2013


Saotome Shihan Seminar 2013 Video 2


 

17/01/2014

MINORU MOCHIZUKI

 

Minoru Mochizuki 03

MINORU MOCHIZUKI

 

Né le 11 avril 1907 d'une famille de Samouraïs, Minoru Mochizuki Shihan a commencé à étudier le Judo à l'âge de 6 ans à la suite d'un déménagement de sa famille à Tokyo. Il s'est éventuellement retrouvé dans le dojo du maître Tokusanbo, le Kendokan, où il pratiquait le Judo. Dans cette même période, il a aussi pratiqué du Gyokushinryu Jujutsu avec Sanjuro Öshiam et du Kenjutsu avec un ex-samouraï. En 1926, il s'est inscrit au Kodokan, dojo de Jigoro Kano Shihan. Il est rapidement devenu un disciple particulier de Kyuso Mifune (10e dan de Judo) à tel point qu'il demeurait chez lui.

 

C'était un temps de pleine expansion pour le Kodokan. Kano Shihan encourageait ses élèves à étudier d'autres disciplines. À cette époque, Minoru Mochizuki Shihan commença l'étude du Katori Shintoryu (entre autres : le Iaï, le Ken, le Bo, le Naginata), du Jujutsu avec Takaji Shimizu au Dojo Mumon et du Kendo au dojo Yushinkan avec Hakuko Nakayama Shihan. Voyant qu'il maîtrisait rapidement ces arts, Jigoro Kano Shihan l'a envoyé étudier au dojo Kobukan sous Morihei Ueshiba Soke. En plus de la tâche évidente d'en apprendre le plus qu'il pouvait, il devait aussi rapporter régulièrement à Kano Shihan un compte rendu de son entraînement et ses progrès.

Mochizuki Ueshiba

 

Au cours de ces rapports et en écoutant les explications de son maître, ils en sont venus à discuter de la meilleure façon d'utiliser l'énergie physique et mentale. Mochizuki Shihan s'est souvenu du sutemi-waza du Gyokushinryu Jujutsu et trouva qu'il représentait parfaitement la façon d'atteindre ce but. Il s'est donc concentré à choisir les techniques de Judo, d'Aïkido et des nombreux autres arts martiaux qu'il avait étudiés pour en tirer celles qui représentaient le mieux les idées de Jigoro Kano. De là est né ce qu'il nomma le Yoseïkan Budo.

 

En novembre 1931, il a ouvert son propre dojo, le Yoseïkan, dans la ville de Shizuoka. Morihei Ueshiba Soke (fondateur) lui a attribué, en juin 1932, deux parchemins de Daïtoryu. Peu de temps après, il a vécu pendant cinq ans en Mongolie où il était instructeur des arts martiaux japonais et il a, à son tour, étudié les arts martiaux chinois.

 

Il fut le premier à enseigner l'Aïkido en Occident lors de son voyage en France comme instructeur de Judo en 1951. Il a ensuite été instructeur de Judo et d'Aïkido à Saigon, au Vietnam, en 1973. A partir de 1976, il a donné chaque année une lecture au Kodokan pour les élèves avancés. Il s'est aussi présenté à la deuxième "Démonstration de l'Amitié", tenue le 25 octobre 1986.

 

Il a longtemps demeuré à Shizuoka, au Japon, au-dessus de son dojo, le Yoseïkan. Il a ensuite vécu quelques années en France, avec son fils, près d'Aix-en-Provence où il est décédé en mai 2003.

A lui seul, il totalise plus d'une cinquantaine de grades dans différentes disciplines.

(Aïkido, Nihon jujutsu, Judo, Katori Shinto ryu, Iaïdo, Karaté, Kendo)

 

 

Interview de Minoru Mochizuki, 1ère partie

 

 

Interview de Minoru Mochizuki, 2ème partie

 

 

Interview de Minoru Mochizuki, 3ème partie

 

Best of the Friendship Demonstrations 1985-1986-1987, part 11


 

 

Mikonosuke Kawaishi, Minoru Mochizuki and André Nocquet


 

....

 

bibliographie tirée du site de l'Association Canadienne d'Aïkido Mochizuki

15/01/2014

FRANCK NOËL...

CET ARTICLE ÉCRIT PAR FRANCK NOËL EST COMME TOUS SES ARTICLES, EMPREINT D'UNE RÉFLEXION POINTUE ET D'UNE EXPÉRIENCE PERSONNELLE HORS NORME.

C'EST UN SOUFFLE D’ESPÉRANCE !

article tiré de son site ici

 


Arrêter de souffler




Dans les milieux des chroniqueurs de Jazz, circule une anecdote.
A l'époque, John Coltrane jouait dans la formation de Miles Davis et, malgré la notoriété déjà plus affirmée de ce dernier, une certaine rivalité entachait les relations entre les deux hommes dont la sensibilité musicale était, par ailleurs, assez contrastée.
Un soir, John, au moment de son "chorus", se lance dans une improvisation aussi alambiquée qu'interminable, faisant hurler, chanter, gémir, grincer tant et plus son saxophone... sous le regard de plus en plus lourd de Miles, inquiet de se voir ravir la vedette mais aussi d'entendre la volubilité sans limite de son compère mettre à mal son goût pour l'ellipse et l'allusion.
La prestation se termine néanmoins en sauvant les apparences.
Plus tard, John, s'adressant à Miles, lui dit quelque chose comme : "tu sais, tout à l'heure je me suis embarqué dans un drôle de truc, je ne savais vraiment pas comment m'en sortir !"
Et Miles de lui répondre: "Est-ce que tu as pensé à arrêter de souffler ?"
Imparable.

"Arrêter de souffler"... Le parallèle que l'on peut tenter avec notre discipline ne doit évidemment pas nous encourager à pratiquer en apnée, mais à envisager l'idée de renoncement, d'abandon, de lâcher-prise. L'idée que, parfois, c'est en arrêtant d'essayer que l'on résout un problème, que la solution peut se trouver dans le moins et non dans le plus.

Sur le plan technique, les exemples sont innombrables où, essayant seulement de faire toujours plus fort ou toujours plus vite, l'obstination que l'on met à s'enfermer dans une tentative toujours renouvelée et toujours aussi peu concluante, nous aveugle totalement aux autres directions, aux autres approches, ou tout simplement à la réalité que nous propose le partenaire.
C'est bien alors en renonçant à ce qu'on essayait de faire que l'on se bonifierait.
On se représente bien l'image du mur sur lequel on s'échine à pousser au lieu de le sauter, de le contourner, de creuser dessous ou... de faire demi-tour car peut-être n'était-ce tout bonnement pas par là qu'il fallait passer. Et d'ailleurs, sommes-nous sûrs de là où nous allons ?
Dans un autre registre, le professeur s'entend souvent poser la question : "qu'est-ce que je dois faire pour me relâcher ?" laissant à supposer que se relâcher nécessiterait un effort supplémentaire, demanderait quelque chose de plus à faire..., sans envisager la possibilité d'en faire moins.

Contester la toute puissance du volontarisme est une idée tout à fait banale et depuis longtemps déjà la tradition orientale nous a appris à admirer la stratégie en "non-vouloir" de l'eau qui coule simplement là où il n'y a pas d'efforts à faire et qui, pourtant, finit par tout emporter sur son passage.
Le vide du Zen, la purification ou neutralité du Shinto nous évoquent la même réalité : faire abstraction de soi-même, de son ego, de sa volonté, de ses intentions ou aspirations pour simplement se couler dans la situation. Ne rien essayer de faire en particulier pour faire bien ce qu'on va être amené à faire sans jamais l'avoir vraiment décidé. Ces traditions nous encouragent à nous élaguer, à nous simplifier, à diminuer notre volume, à nous réduire à l'essentiel, à ce qui nous fonde véritablement comme être humain au lieu de nous complaire dans des personnalités de plus en plus complexes et boursouflées, toutes bardées d'ambition et de volonté de s'imposer. Car, d'une certaine manière, ces traditions considèrent que ce qui est véritablement humain en nous est justement notre part de divin et qu'en tant que telle, cette part de nous-même saura adopter la conduite adéquate.
Dans cette logique, la recherche de l'adepte ne sera pas une tentative d'accumulation de compétences mais l'acceptation d'un dépouillement de toutes ses aspérités particulières.
L'idée est banale mais son usage à bon escient l'est moins.
Dans le cadre de notre pratique, les concepts de sobriété et de simplicité, de la technique comme des personnes qui la font vivre, nous sont familiers, tout comme ceux de disponibilité et d'adaptation qui nécessitent bien une écoute, c'est-à-dire une présence en creux, abandonnant ses velléités à court terme pour mieux avancer dans la perspective.
Et c'est là justement que réside toute la difficulté et toute l'ambiguïté de cette conduite : comment réussir à avancer dans la perspective sans même avoir voulu s'y engager ? Comment être neutre dans sa recherche de neutralité ?
Et ça n'est pas tout : comment concilier ce lâcher-prise, cet abandon, avec d'autres valeurs qui sont aussi les nôtres telles que l'engagement, la persévérance, la détermination ou la clarté d'intention ? Faut-il renoncer à l'engagement ou s'engager à renoncer ou bien même renoncer à renoncer?
Car il a bien fallu s'engager dans la volonté de se bonifier pour marcher sur la voie. Dès lors, le renoncement est-il le bout du chemin, l'objectif (mais un objectif fait de vide et non de plein, sorte de négation de l'idée même d'objectif) ? Ou bien est-il la condition, le moyen, pour avancer sur ce chemin ? Renoncer à l'idée de se bonifier est-il nécessaire pour se bonifier ? Ou bien faut-il persévérer dans cette idée de bonification pour parvenir à renoncer ?

Bon.
Arrêtons de souffler car nous n'avons pas de réponse.

Toutefois, si nous plaçons le débat à un niveau plus humain, en "renonçant" à notre souci de perfection et d'absolu, le parallèle avec la musique peut peut-être nous aider :
La remarque de Miles nous rappelle que le silence fait partie de la musique. Mais elle ne nous engage nullement à ne jamais souffler dans notre trompette. De même, un danseur pourrait nous dire que l'immobilité fait partie du mouvement ; il n'en continuerait pas moins à étudier comment bouger. Un bon journaliste, quant à lui, sait que c'est justement lorsqu'il se tait, pour laisser parler son interlocuteur interviewé, qu'il est le plus intéressant ; il doit pourtant continuer à peaufiner ses questions.
Le bon usage de tous ces outils est de savoir les doser et les rythmer, d'avoir recours aux uns pour faire entendre les autres, de savoir jouer sur les alternances, les échanges, parfois sur la rupture, parfois sur la continuité, d'être parfois la corde qui vibre, parfois le résonateur...
La carrière, le parcours, de ces artistes et de ces artisans sera fait d'expérimentation sur la combinatoire de leurs outils, sur la valeur et la place respective à leur accorder. Il y aura de la routine, des échecs, des impasses, mais aussi des moments de grâce, de grande lucidité et de découverte.
Il semble bien que notre Aïkido nous fasse voyager dans un paysage tout à fait semblable.
On ne peut sans doute pas démêler théoriquement la question de savoir s'il faut d'abord se vider pour se remplir ensuite ou l'inverse. Mais l'expérience nous dit bien deux choses qui semblent contradictoires : qu 'il y a clairement un certain nombre de choses à acquérir de manière volontaire et systématique mais aussi que nos habitudes, les bonnes comme les mauvaises, nous tiennent enchaînés et qu'il faut savoir y renoncer pour franchir de nouveaux paliers, et ce, à tous les stades de la progression.
Quelle leçon tirer de tout cela?
Peut-être tout simplement de garder à l'esprit ces deux facettes du "travail": en plus, en positif, en plein, en insistance, mais aussi en moins, en négatif, en creux, en renoncement.
Et continuer à jouer...

Vous aussi, Miles et John, s'il vous plaît,
continuez à jouer pour nous
votre musique
faite de silences et de notes
chevauchant allègrement
vos rythmes magiques...

Nous sommes encore loin d'avoir fait le tour du problème.


Franck NOËL

 

 

14/01/2014

TADESHI YAMASHIMA

 

Merci au site  TEN CHI BUDOKAN pour la biographie de

Yamashima Tadeshi Senseï repostée ci-dessous :

cliquer sur le lien pour voir ce site

 

 

 

Takeshi Yamashima -à Areyns/Barcelona 2008.

Takeshi Yamashima Senseï est né au Japon le 12 Septembre 1942. Il a commencé son parcours dans les arts martiaux dès sa « prime » jeunesse par l’étude et la pratique de la lutte et du Sumo car après la deuxième guerre mondiale, les distractions et les activités sportives étaient rares au Japon et parmi les « jeux » de l’époque dispensés à l’école, la lutte et le Sumo étaient prédominants.

Il a aussi beaucoup pratiqué le Kendo lorsqu’il était au lycée.

Yamashima Senseï a débuté l’Aïkido à l’âge de 18 ans à l’université avec les maitres Yamada et Arikawa.

Il a connu et a également pratiqué avec O Senseï Morihei Ueshiba (le créateur de l’Aïkido) pendant 8 ans, puis à la mort de O Senseï, il a suivi les cours d’autres grands Maîtres comme Seigo Yamaguchi Senseï (dont il a été de nombreuses années « Uke »), Saotome Senseï; Osawa Senseï et enfin Masuda Senseï.

Yamashima Senseï enseigne aujourd’hui à Tokyo dans un dojo situé dans le quartier de Chiyoda (au centre de Tokyo) ainsi qu’au rez-de-chaussée de son domicile aménagé en dojo où de nombreux élèves Japonais et étrangers suivent son enseignement et pour certains d’entre eux depuis plus de 30 ans.

C’est en novembre 2002 qu’il est venu pour la 1ère fois en France pour diriger une série de stages tout d’abord à Marseille puis à Rosny-sous-Bois (93) et enfin à Bordeaux. Depuis, à l’invitation d’Alain Guerrier, Philippe Grangé et José Laroncelle, il nous rend visite chaque année.

Yamashima Senseï est également invité pour diriger des stages internationaux dans d’autres pays notamment en Angleterre, aux États-Unis, à Hawaï, en Suisse, en Hollande, en Suède…

 

 

il existe une interview de Yamashima Senseï faite pour "aïkido journal" par Stéphane Benedetti

Il nous parle du relâchement, du travail des hanches... de tout le corps, du lien avec le sabre du Shinkage Yagyu Ryu... A lire !

cliquer sur l'image pour ouvrir le fichier pdf

 

 

Yamashima Senseï - Open and Close - Manchester 2008



 

 

 

Yamashima Senseï in Antwerp 2012


 

 

Yamashima Senseï - Relax - Manchester 2008


 

 

Yamashima Senseï, boulouris 2012, aïkido le luc.



13/01/2014

SEISEKI ABE

POUR FAIRE SUITE AU SHODO

 

 

 

 

Seiseki Abe est né en mars 1915 à Osaka, au Japon.

Il a commencé la voie de la calligraphie ou Shodo avec son père professeur des écoles et calligraphe, en 1934 alors qu'il avait 19 ans. En 1948, il devient professeur de shodo à Osaka. Sa maîtrise du shodo se heurta à un point invisible à l’œil nu pour le néophyte mais primordiale dans la progression intérieure, la profondeur du trait. C'est l'une des qualités qui donne vie à une œuvre calligraphique. Elle peut être considérée comme le cœur et l'âme de la calligraphie japonaise.

Cherchant à investir cette profondeur, il rencontra Kenzo Futaki qui explorait la puissance du misogi. C'était un docteur en médecine et un étudiant d'avant-guerre de Morihei Ueshiba. Il rejoignit donc Misogi no Renseikai (Association de Développement du Misogi). Après peu de temps, cela lui permit de changer son attitude et surtout sa perception de sa calligraphie. C'est à cette époque que Futaki Senseï lui a recommandé de se mettre à la pratique de l’aïkido.



En 1952, Bansen Tanaka [1912-1988] a ouvert un dojo d'aïkido à Osaka. Le lendemain de l'ouverture du dojo, Seiseki Abe remarqua le nom de "Tsunemori Ueshiba" sur le panneau de porte. Connaissant Tanaka mais ne sachant pas qu'il pratiquait l'aïkido, il entra et vit O Senseï pour la première fois. Il se présenta comme un étudiant du docteur Futaki et O Senseï s'intéressa à lui et l'accepta comme étudiant. Abe fut frappé par les similitudes de respiration entre aïkido, shodo et misogi.
Il avait déjà remarqué chez son père le va et vient de sa respiration lors du Shodo.Comme Abe Senseï l'a exprimé lors d'une entrevue : '' Même maintenant, je me souviens de la façon éclatante de la respiration de mon père et il m'a fait une très forte impression, pas seulement l'écriture des lettres, mais le pouvoir de la respiration sur les caractères de l'écriture''.

En 1954, Seiseki Abe a accompagné Morihei Senseï à Shingu pour y assister à l’ouverture du dojo de Michio Hikitsuchi. Le séjour dura un mois, et comme Morihei Senseï détestait voir les gens ne rien faire, il demanda à Seiseki Abe d’enseigner la calligraphie entre les cours d’aïkido. Morihei Senseï le regardait enseigner et petit à petit, il s’y intéressa lui-même. Après ce séjour, O Senseï commença a pratiquer la calligraphie avec Abe Senseï.

calligraphie de O Senseï de la collection de Seiseki Abe

Pendant les dix dernières années de sa vie, O Senseï est venu chaque mois habiter chez Abe Senseï et a enseigné l'Aïkido au dojo qu'Abe Senseï avait construit pour lui. O Senseï a reconnu aussi le rapport des arts martiaux et de la calligraphie, il a donc commencé à étudier la calligraphie sous la direction d'Abe Senseï.

Voici un petit extrait :

Avez-vous commencé votre carrière en aïkido en tant qu’uchideshi ?

Oui, d’une certaine manière, mais en fait c’était Morihei Senseï qui venait chez moi - pour pratiquer la calligraphie comme je l’ai dit - plutôt que l’inverse. Cela me mettait dans la situation assez inhabituelle d’être un uchideshi dans ma propre maison ! Nous avions une chambre à l’écart spécialement pour lui et c’est là que nous avons développé notre relation élève-professeur. Néanmoins, c’était vraiment une relation élève-professeur à l’ancienne basée sur l’esprit strict du bushido. La discipline n’était pas imposée, cependant, mais trouvait son origine dans les attitudes et le comportement qu’adopte naturellement tout uchideshi souhaitant servir son professeur. C’est vraiment la seule manière pour réellement saisir et absorber le “kokyu” de votre professeur. Vivre sous le même toit que votre professeur vingt-quatre heures sur vingt-quatre vous donne accès non seulement à ses connaissances techniques, mais aussi à une compréhension de la manière dont il vit et respire, son style de vie et ses rythmes. C’est un moyen de développer et discipliner votre ki, et par la suite de connaître toutes les facettes de votre professeur. Morihei Senseï venait pendant des période de sept à dix jours à la fois, et être aussi proche de son quotidien pendant des périodes si longues était une expérience vraiment incroyable et précieuse.

Par exemple, en préparant le thé, je devais sentir ou estimer sa soif et ajuster la température en conséquence. Ou en préparant son bain, je devais faire très attention à ajuster précisément la température de l’eau - pas simplement en mettant ma main dedans pour tester directement -, mais en prélevant un peu d’eau dans un seau et en me basant là-dessus. Si je mettais ma main directement, ma peau aurait répandu un petit peu d’huile corporelle dans l’eau et d’une manière ou d’une autre, il l’aurait su. En d’autres termes, servir son professeur signifie être attentif et consciencieux et faire les choses proprement et convenablement, sans prendre de raccourcis. Même en dormant dans une pièce adjacente, ma respiration devait s’accorder à la sienne à tout moment. De telles expériences constituent le côté stupéfiant du rôle d’uchideshi.

Après la mort de Ueshiba en 1969, Abe a continué à enseigner à la fois le shodo et l'aïkido à son dojo à Osaka.

 

Seiseki Abe s’éteint le 18 Mai 2011, à l'âge de 96 ans.

 


 

 

 entretien avec Léo Tamaki :

Abe Seïseki 

 

 

 

Entrevue avec Seiseki Abe

par Stanley Pranin

Aïkido Journal #114 (1998)

Traduction française: Damien Gauthier

 

 

08/01/2014

INTERVIEW O SENSEÏ - AÏKÏ NEW N°18

 


Interview  traduite du Japonais par Stanley Pranin pour le journal Aïki News N° 18 en Août 1976. 

 

traduit en Français par Jacques Renaud.

 

+ VIDÉO INTROUVABLE D' O SENSEÏ EN FIN D'ARTICLE

 

interview-o-senseï-et-kisshomaru

pdf complet ici

 

Quand j'étais à l'université mon professeur de philosophie nous a montré le portrait d'un philosophe célèbre et je suis frappé par votre ressemblance avec lui, Senseï ?

 

O Senseï : je vois. Peut-être ai-je pratiqué la philosophie. Mon côté spirituel est plus souligné que mon côté physique.

 

 
Il est dit que l'aïkido diffère tout à fait du karaté et du judo ?

 

O Senseï : à mon avis, on peut dire que c'est le vrai art martial. La raison en est que Aïkido est un art martial basé sur la vérité universelle. Cet Univers est composé de nombreuses parties différentes et, de plus, l'Univers est uni comme une famille et symbolise l'état suprême de paix. En ayant une telle vue de l'Univers, l'aïkido ne peut pas ne pas être un art martial d'amour. Aïkido ne peut pas être un art martial de violence. Pour cette raison, on peut dire que l'aïkido est une autre manifestation du Créateur de l'Univers. Autrement dit, l'aïkido ressemble à un géant (immense dans la nature). Donc, dans l'aïkido, le Ciel et la Terre deviennent les sources, recevant un enseignement. L'état d'âme de l'aïkidoka doit être paisible et totalement non violent. C'est-à-dire cet état d'âme spécial qui transforme la violence en un état d'harmonie. Et c'est, je pense, le véritable esprit des arts martiaux japonais. On nous a donné cette terre pour transformer un ciel sur la terre. L'activité guerrière est totalement hors de propos.

 

 
Il diffère tout à fait des arts martiaux traditionnels, alors ?

 

O Senseï : En effet, c'est tout à fait différent. Si nous regardons derrière nous dans quelque temps, nous verrons comment les arts martiaux ont été abusés. Pendant la Période Sengoku (1482-1558) (la signification de Sengoku : "des pays faisant la guerre") des notables locaux ont employé les arts martiaux comme un outil de combat pour servir leurs intérêts privés et satisfaire leur avidité. Ce qui était, je pense, totalement inopportun. J'ai moi-même été initié aux arts martiaux afin de tuer des soldats durant la Guerre, ce qui m'a profondément dérangé une fois le conflit terminé. Cela m'a poussé à découvrir l'esprit véritable de l'aïkido il y a sept ans, temps durant lequel je me suis heurté à l'idée de construire un ciel sur la terre. La raison de cette résolution était que bien que le ciel et la terre (c'est-à-dire, l'univers physique) avaient atteint un état de perfection et étaient relativement stables dans leur évolution, l'humanité (particulièrement les japonais) semblait être dans un état de bouleversement. Nous devons tout d'abord faire évoluer cette situation. La réalisation de cette mission mène sur le chemin de l'évolution vers l'humanité universelle. Lorsque j'ai réalisé ceci, je suis arrivé à la conclusion que le vrai aïkido est Amour et Harmonie. Ainsi le "bu" (martial) dans l'aïkido est l'expression d'Amour. J'étudiais l'aïkido pour servir mon pays. Ainsi, l'esprit de l'aïkido peut seulement être Amour et Harmonie. L'aïkido est né conformément aux principes et aux travaux de l'Univers. Donc, c'est un budo (art martial) de victoire absolue.

 


 Pouvez-vous nous parler des principes d'aïkido ? Le grand public considère l'aïkido comme quelque chose de mystique comme le ninjutsu, du fait que vous, Senseï, avez réussi à maîtriser des adversaires énormes (qui pouvaient soulever des objets pesant plusieurs centaines de livres) et ce, avec une telle rapidité ?

 

O Senseï : Il semble seulement être mystique. Dans l'aïkido, nous utilisons uniquement l'énergie de l'adversaire. Ainsi plus votre adversaire utilise d'énergie, plus vous pouvez utiliser cette énergie.

 

 
Alors, dans ce sens, il y a aïki dans le judo aussi, puisque dans le judo vous synchronisez votre rythme avec le rythme de votre adversaire. S'il tire, vous poussez, s'il pousse, vous tirez. Vous le déplacez selon ce principe et le faites perdre son équilibre et appliquez ensuite votre technique ?
O Senseï : Dans l'aïkido, il n'y a absolument aucune attaque. Attaquer signifie que l'esprit a déjà perdu. Nous adhérons au principe de non-résistance absolue, c'est-à-dire nous ne nous opposons pas à l'attaquant. Ainsi, il n'y a aucun adversaire dans l'aïkido. La victoire dans l'aïkido est masakatsu agatsu (la victoire correcte est la victoire sur soi-même) puisque vous vainquez conformément à la mission du ciel, vous possédez la force absolue.

 

Est ce que cela signifie ato no sen ? (Ce terme se réfère à une ultime réponse à une attaque.)
O Senseï : Absolument pas. Ce n'est pas une question de sensen no sen ou de sen no sen, si je devais essayer de l'expliquer, je dirais que vous contrôlez votre adversaire sans essayer de le contrôler. C'est-à-dire l'état de victoire continue. Il n'est pas de question de victoire ou de défaite face à un adversaire. Dans ce sens, il n'y a aucun adversaire dans l'aïkido. Même si vous avez un adversaire, il devient une partie de vous, un partenaire que vous contrôlez seulement.

 

 
Combien de techniques existent en aïkido ?

 

O Senseï : Il y a environ 3 000 techniques de base et chacune d'entre elles a 16 variantes ... ainsi il en existe quelques dizaines de milliers. Et selon la situation, vous en créez de nouvelles.

 

 
Quand avez-vous commencé l'étude d'arts martiaux ?

 

O Senseï: J'ai commencé à l'âge de 14 ou 15 ans. J'ai d'abord appris le Tenshinyo-ryu Jiujitsu de Tokusaburo Tozawa Senseï, puis le Kito-ryu, le Yagyu-ryu, le Aioi-ryu et le Shinkage-ryu qui sont des formes de jujitsu. Cependant, je pensais qu'il pouvait exister une vraie forme de budo ailleurs. J'ai donc essayé le Hozoin-ryu sojitsu et le kendo. Mais tous ces arts sont axés sur des formes de combat 1 contre 1 et ne pouvaient me satisfaire. J'ai donc voyagé à travers tout le pays cherchant la Voie et la formation, mais en vain.

 

 
C'est la formation ascétique du guerrier ?

 

O Senseï : Oui, la recherche du vrai budo. Quand j'ai eu l'habitude d'aller dans d'autres écoles, je ne défiais jamais le senseï du dojo. Un senseï responsable d'un dojo est chargé de beaucoup de responsabilités, donc il est très difficile pour lui pour montrer sa vraie valeur. Avec tout le respect que je lui devais j'apprenais de lui. Si je me jugeais supérieur, je lui montrais à nouveau tout mon respect et je rentrais chez moi.

 


Alors vous n'avez pas commencé par apprendre l'aïkido. Quand l'aïkido vous est-il apparu ?

 

O Senseï : Comme je vous l'ai dit auparavant, je suis allé à beaucoup d'endroits à la recherche du véritable budo... Lorsque j'eus environ 30 ans, je me suis installé dans Hokkaido. Par hasard, à l'Auberge Hisada de Engaru, Province de Kitami, j'ai rencontré un certain Sokaku Takeda Senseï du clan Aizu. Il a reçu un enseignement Daito-ryu jujitsu. Durant 30 jours j'ai appris de lui et j'ai senti comme une inspiration. Plus tard, j'ai invité cet enseignant en ma maison et ensemble, avec 15 ou 16 de mes employés, j'ai continué à étudier en cherchant l'essence du budo.

 


Avez-vous découvert l'aïkido tandis que vous appreniez le Daito-ryu auprès de Sokaku Takeda ?

 

O Senseï : Non, il serait plus précis de dire que Takeda Senseï m'a ouvert les yeux au budo.

 

 
Y a-t-il eu des circonstances spéciales entourant votre découverte de l'aïkido ?

 

O Senseï : Oui en effet. Mon père est tombé très malade en 1919. J'ai demandé le congé de Takeda Senseï et suis retourné chez moi. Sur le chemin, on m'a dit que l'on pouvait passer par Ayabe près de Kyoto afin de dédier une prière pour que n'importe quelle maladie soit guérie. J'y suis donc allé et j'y ai rencontré Onisaburo Deguchi. Ensuite, quand je suis arrivé chez moi, j'ai appris que mon père était déjà mort. Bien que j'aie rencontré Sensei Deguchi seulement une fois, j'ai décidé de retourner à Ayabe avec ma famille et d'y rester jusqu'à la dernière partie de la période Taisho (autour de 1925). Oui... j'avais environ 40 ans. Un jour, je me séchais vigoureusement. Soudain, une cascade lumineuse et d'or est descendue du ciel en enveloppant mon corps. Alors, immédiatement, mon corps est devenu plus grand, atteignant la taille de l'Univers entier. Tandis qu'écrasé par cette expérience, je me suis soudain rendu compte qu'il ne faut pas essayer de gagner. La forme de budo doit être l'amour. Il faut vivre en amour. C'est l'aïkido et c'est la forme ancienne des positions dans le kenjutsu. Après cette réalisation j'étais ravi et ne pouvais retenir les larmes.

 

 

 

Alors, dans le budo, il n'est pas bon d'être fort. Depuis des temps anciens l'unification "corps" et "esprit" a été enseignée. En effet, l'essence du budo ne peut pas être comprise sans vider votre esprit. Dans cet état, ni le bien ni le mal n'ont de signification ?

 

O Senseï : Comme j'ai dit précédemment, l'essence de budo est la Voie de masakatsu agatsu (la véritable victoire est la victoire sur soi-même).

 


J'ai entendu une histoire dans laquelle vous avez été impliqué lors d'un combat avec environ 150 ouvriers ?

 

O Senseï : j'y étais ? Autant que je me souvienne... Deguchi Senseï est allé en Mongolie en 1924 pour réaliser son objectif d'une communauté asiatique plus grande, conformément à la politique nationale. Je l'ai accompagné à sa demande, bien que l'on m'ait demandé d'entrer à l'armée. Nous avons voyagé en Mongolie et en Mandchourie. Tandis que voyagions dans ce dernier, nous avons rencontré un groupe de bandits à cheval et des coups de feu ont éclaté. J'ai riposté avec un mauser et ai ensuite continué à me battre au milieu des bandits, les attaquant avec acharnement et ils se sont dispersés. J'ai réussi à me sortir de ce danger.

 


Je comprends, Senseï, que vous avez beaucoup de rapports avec la Mandchourie. Avez-vous passé une longue période là-bas ?

 

O Senseï : Depuis cet incident je suis allé en Mandchourie fort souvent. J'étais conseiller en arts martiaux pour l'organisation Shimbuden ainsi que pour l'Université Kenkoku en Mongolie. C'est pour cette raison que je fus toujours bien reçu.

 


Ashihei Hino a écrit une histoire appelée "Oja no Za" dans Shosetsu Shincho dans lequel il narre la jeunesse de Tenryu Saburo, le rebelle du monde Sumo et sa rencontre avec l'art martial d'aïkido et son vrai esprit. Cela vous a-t-il marqué, Senseï ?

 

O Senseï : Oui.

 


 Alors, cela signifie-t-il que vous avez été lié à Tenryu durant cette période ?

 

O Senseï : Oui. Je l'ai hébergé durant environ trois mois.

 


 C'était en Mandchourie ?

 

O Senseï : Oui. Je l'ai rencontré lorsque nous faisions le tour de Mandchourie après la célébration marquant le 10ème anniversaire de l'établissement du gouvernement. Il y avait un homme de forte corpulence qui regardait la présentation et beaucoup de personnes le poussaient et commentaient "Ce Senseï a une force énorme. Pouvez-vous le mettre à l'épreuve ?" J'ai demandé à une personne à mes côtés qui était cet homme. On m'a alors expliqué qu'il était le célèbre Tenryu, qui s'était mis à l'écart de l'Association des lutteurs de Sumo. Je lui ai alors été présenté. Finalement, nous avons opposé notre force l'un contre l'autre. Je me suis assis et ai dit à Tenryu, "essayez, s'il vous plaît, de me renverser. Poussez durement, il n'y a aucun besoin de retenir." Puisque je connaissais le secret d'aïkido, je ne pouvais pas être déplacé un pouce. Même Tenryu a semblé étonné de cela. Suite à cette expérience, il est devenu un étudiant d'aïkido. Il était un homme bon.

 

 
Senseï, avez-vous été aussi associé à la marine ?

 

O Senseï : Oui, durant une longue période. Commençant en 1927 ou 1928, pour une durée d'environ 10 ans, j'étais professeur à temps partiel à l'École navale.

 


 Avez-vous enseigné aux soldats lorsque vous étiez à l'École navale ?

 

O Senseï : tout à fait, j'ai souvent enseigné pour les militaires, en commençant par l'École navale aux alentours de 1927-1928. Vers 1932 ou 1933 j'ai ouvert une classe d'arts martiaux à l'École Toyama pour l'armée. Puis vers 1941-1942 j'ai enseigné l'aïkido aux étudiants de l'École de la Police Militaire. Puis, j'ai effectué une démonstration d'aïkido sur l'invitation du Général Toshie Maeda, Surveillant de l'Académie de l'armée.

 


 Puisque vous avez enseigné aux soldats, vous avez dû rencontrer des brutes et de nombreuses péripéties ?

 

O Senseï : Oui. Je suis même tombé dans des embuscades.

 


 Est-ce parce qu'ils vous considéraient comme un enseignant autoritaire ?

 

O Senseï : Non, ce n'était pas cela. Ils devaient évaluer ma force. Une soirée, alors que je marchais sur le terrain où j'enseignais, j'ai senti quelque chose d'étrange qui se passait. J'ai estimé que ce que je ressentais était réel. Soudain, de toutes les directions, des buissons et des tranchées, de nombreux soldats sont apparus et m'ont encerclé. Ils ont commencé à me frapper avec des bokken (épées en bois) et des fusils en bois. Mais comme j'étais habitué à cet exercice, je ne me suis pas opposé. Comme ils essayaient de me toucher, mon corps esquivait ces coups et ils sont tombés facilement. Finalement, ils se sont tous épuisés. En tout cas, ils furent tout surpris. Il y a peu de temps, j'ai rencontré un des hommes qui m'avaient attaqué. Je suis toujours conseiller auprès des Anciens étudiants Militaires de Police de la Préfecture de Wakayama. Durant une réunion récente, un homme m'a reconnu et s'est approché de moi avec le sourire. Après avoir parlé durant quelques minutes, j'ai appris qu'il était un des hommes qui m'avaient attaqué ce jour-là, il y a des années. En se grattant la tête, il m'a raconté la chose suivante : "je suis extrêmement désolé de cet incident. Ce jour-là, nous voulions savoir si le nouveau professeur d'aïkido était vraiment fort. Un groupe d'entre nous, de la police militaire, discutait de cette question et a décidé de tester le nouvel enseignant. Environ 30 hommes étaient à l'affût. Nous avons été complètement stupéfaits que 30 hommes comme nous, pleins d'assurance, ne pouvions rien faire face à votre force."

 


 Y a-t-il eu des péripéties de ce type alors que vous étiez à l'École Toyama ?

 

O Senseï : concours de force ? Un incident a eu lieu, je crois, avant l'épisode avec la police militaire. Plusieurs capitaines qui étaient des instructeurs à l'École Toyama m'ont invité à tester ma force contre la leur. Ils étaient tout fiers et sûrs d'eux, de leurs capacités, disant des choses comme : "je suis capable de soulever tel poids," ou "j'ai cassé un rondin de tant de pouces de diamètre" alors je leur ai expliqué," je n'ai pas de force comme la vôtre, mais je peux faire chuter des hommes comme vous avec seulement mon petit doigt. Je vous plains si vous chutez, donc testons avec mon doigt au lieu de nous opposer." J'ai étendu mon bras droit et j'ai posé le bout de mon index sur le bord d'un bureau et les ai invités à se coucher sur mon bras. Un, deux, puis trois officiers sur mon bras, alors chacun a ouvert de grands yeux. J'ai continué jusqu'à six hommes sur mon bras et j'ai ensuite demandé à l'officier étant debout près de moi de me servir un verre d'eau. Comme je buvais l'eau avec ma main gauche, j'ai échangé avec chacun un regard calme.

 

 

 

À part l'aïkido, vous devez posséder une énorme force physique ?

 

O Senseï : Pas vraiment.

 

Kisshomaru Ueshiba : Bien sûr qu'il possède une force, mais elle doit être décrite comme la puissance du ki, plutôt que comme la force physique. Il y a quelque temps, alors que nous allions à une inauguration dans le pays, nous avons vu sept ou huit ouvriers essayant en vain soulever une souche d'arbre énorme. Mon père était debout, les regardant un instant, puis il leur a demandé de se mettre sur le côté afin qu'il puisse essayer. Il a soulevé la souche facilement et l'a promptement emportée. Il est totalement inconcevable de faire une telle chose avec la simple force physique. Il y a eu aussi un incident impliquant un certain Mihamahiro.

 


 En était il de même avec Mihamahiro de l'Association de Lutte de Takasago Beya Sumo ?

 

O Senseï : Oui. Il était de la Province de Kishu. Lorsque j'étais à Shingu (Wakayama), Mihamahiro réussissait dans le Sumo. Il avait une force énorme et pouvait soulever trois rails de plusieurs centaines de livres. Quand j'appris que Mihamahiro était en ville, je l'ai invité à venir. Tandis que nous parlions, Mihamahiro a dit, "j'ai aussi entendu dire que vous, Senseï, possédiez une grande force. Pourquoi ne pas tester notre force ?" "très bien. Je peux vous immobiliser avec mon index seul," ai-je répondu. Alors je lui ai demandé me pousser tandis que j'étais assis. Ce partenaire capable de soulever des poids énormes a râlé et a haleté, mais il ne pouvait pas me renverser. Après cela, j'ai dirigé sa puissance loin de moi et il est allé voler. Comme il est tombé, je l'ai immobilisé avec mon index et il est resté totalement immobile. Cela a ressemblé à un adulte immobilisant un bébé. Alors j'ai suggéré qu'il essaie de nouveau et qu'il pousse contre mon front. Cependant, il ne pouvait pas me déplacer du tout. Alors j'ai étendu mes jambes en avant et, m'équilibrant, j'ai soulevé mes jambes du plancher et le faisais me pousser. Il ne pouvait pas me déplacer. Il a été étonné et a commencé à étudier l'aïkido.

 


 Quand vous dites que vous immobilisez une personne d'un doigt, touchez-vous un point vital ?

 

O Senseï : Je dessine un cercle autour de lui. Sa puissance est enfermée à l'intérieur de ce cercle. Peu importe la force de cet homme, il ne peut pas étendre sa puissance à l'extérieur de ce cercle. Il devient impuissant. Ainsi, si vous immobilisez votre adversaire tandis que vous êtes à l'extérieur de son cercle, vous pouvez le tenir avec votre index ou votre petit doigt. C'est possible parce que l'adversaire est déjà devenu impuissant.

 


 Votre femme aussi est de la Préfecture de Wakayama ?

 

O Senseï : Oui. Son nom de jeune fille à Wakayama était Takeda.

 


 Le nom de famille de Takeda est étroitement associé aux arts martiaux ?

 

O Senseï : Vous pouvez le dire. Ma famille a été loyale envers la Famille Impériale depuis de nombreuses générations. Un soutien sans réserves. En fait, mes ancêtres ont renoncé à leurs biens et à la fortune et se sont déplacés partout au service de la Famille Impériale.

 


 Vous aussi, Senseï, vous êtes continuellement déplacés lorsque vous étiez un jeune homme, cela a dû être très difficile pour votre femme ?

 

O Senseï : En effet  j'étais très occupé et je n'ai pas passé beaucoup le temps à la maison.
Kisshomaru Ueshiba : La famille de mon père était assez aisée, de ce fait, il avait donc la possibilité de poursuivre sa recherche dans les arts martiaux. Et une autre des caractéristiques de mon père est qu'il se soucie peu de l'argent. L'incident suivant a eu lieu lorsque mon père s'est installé à Tokyo en 1926, lors de sa deuxième visite dans la capitale ; il est d'abord venu seul et a ensuite été suivi par la famille, venant de Tanabe en 1927. Nous nous sommes tous installés à Sarumachi, Shibashirogane à Tokyo. Nous avons loué cet endroit grâce à M. Kiyoshi Yamamoto, fils du Général Gambei Yamamoto. Mon père possédait beaucoup de propriétés autour de Tanabe, y compris des domaines cultivés et non cultivés et du terrain montagneux. Cependant, il avait peu d'argent. Il a dû emprunter de l'argent pour venir à Tokyo. Malgré cela, il ne lui est jamais arrivé pour vendre n'importe quelle terre. Non seulement cela, mais quand ses étudiants apportaient les offres mensuelles, il répondait, "je ne veux pas de cela." Il leur a dit de l'offrir au kamisama (la déité) et n'a jamais accepté directement l'argent . Et que s'il était dans le besoin d'argent, il se présenterait lui-même humblement devant l'autel du kamisama et recevrait des cadeaux de la déité. Nous n'avons jamais pensé gagner de l'argent avec le budo. L'endroit où il enseignait à cette période était la pièce de billard de l'hôtel particulier de Shimazu. Beaucoup de dignitaires, y compris des officiers militaires comme l'Amiral Isamu Takeshita et beaucoup d'aristocrates, sont venus pour pratiquer. Le nom que nous avons employé était aikijujutsu ou Ueshiba-ryu aikijutsu.

 


 Quel est le bon âge pour commencer à suivre une formation d'aïkido ?

 

Kisshomaru Ueshiba : Vous pouvez commencer à recevoir une formation à l'âge de 7 ou 8 ans, mais la formation idéalement sérieuse doit commencer à environ 15 ou 16 ans. Physiquement parlant, le corps devient apte et les os plus forts à cet âge. En plus, l'aïkido contient de nombreux aspects spirituels (il est possible de pratiquer d'autres formes de budo), où il faut être en âge d'acquérir une perspective du monde et de la nature de budo. Ainsi, en somme, je dirais que 15 ou 16 ans est un bon âge pour commencer l'étude de l'aïkido.

 


 Contrairement au judo, il y a très peu d'occasions de se mesurer avec son adversaire dans l'aïkido. Ainsi la force physique n'est pas exigée dans l'aïkido. De plus, vous pouvez pratiquer non pas qu'avec un mais avec beaucoup de partenaires en même temps. C'est vraiment un budo idéal. À cet égard, y a-t-il aussi beaucoup de bagarreurs qui viennent pour étudier l'aïkido ?

 

Kisshomaru Ueshiba : Bien sûr, ce type d'individus s'inscrit aussi. Mais quand ces personnes étudient l'aïkido avec l'intention de l'utiliser comme une arme pour le combat, ils ne restent pas bien longtemps. Le Budo ne ressemble pas à la danse ou l'observation d'un film. Vous devez pratiquer à tous les instants de votre vie quotidienne pour progresser. L'aïkido est une forme de budo qui a particulièrement employé la formation spirituelle. L'Aïkido ne peut jamais être employé comme une arme par ceux qui l'emploieraient pour le combat. Aussi, les individus attirés par la violence cessent de se comporter de cette façon quand ils apprennent l'aïkido.

 


 Je vois... avec formation régulière, ils arrêtent de se comporter comme des bagarreurs ?

 

O Senseï : Puisque l'aïkido n'est pas un Bu (méthode martiale) de violence, mais plutôt un art martial d'amour, vous ne vous comportez pas violemment. Vous convertissez l'adversaire violent d'une façon douce. Ils ne peuvent pas se comporter comme des bagarreurs plus longtemps.

 


 Qu'enseignez-vous d'abord comme principe de base de l'aïkido ? Dans le judo on apprend ukemi (la chute)...

 

Kisshomaru Ueshiba : D'abord, les mouvements d'esquive (taïsabaki), puis le flux du ki ...

 


 Qu'est ce "le flux du ki" ?

 

Kisshomaru Ueshiba : Dans l'aïkido, nous apprenons constamment à contrôler librement le ki de notre partenaire par le mouvement de notre propre ki, en l'attirant dans notre propre mouvement. Ensuite, nous apprenons à tourner notre corps. Vous déplacez non seulement votre corps, mais vos bras et pieds ensemble. Alors le corps entier devient unifié et se déplace sans à-coup.

 


 En observant la pratique d'aïkido, les pratiquants semblent tomber naturellement. Quelle sorte de pratique faites-vous pour ukemi ?

 

Kisshomaru Ueshiba : À la différence du judo, où vous vous agrippez à votre adversaire, dans l'aïkido, vous maintenez presque toujours une certaine distance. Par conséquent, un type plus libre d'ukemi est possible. Au lieu de la chute avec un bruit sourd comme dans le judo, nous faisons des chutes circulaires, une forme très naturelle d'ukemi. Donc nous pratiquons avec à l'esprit les quatre éléments tout à fait diligemment.

 

 

 

 

 

  Donc vous pratiquez taï no sabaki (des mouvements de corps), ki no nagare (ki le flux), taï no tenkan ho (le corps tournant), ukemi et commencez ensuite la pratique de techniques. Quel type de technique enseignez-vous d'abord ?

 

Kisshomaru Ueshiba : Shihonage, une technique pour projeter un adversaire dans beaucoup de directions différentes. C'est enseigné de la même manière dans la technique d'épée. Bien sûr, nous employons aussi le bokken (épée de bois). Comme je l'ai dit auparavant, dans l'aïkido même le partenaire devient une partie de votre mouvement. Je peux déplacer mon partenaire librement à volonté. Il suit naturellement quand vous pratiquez avec les moyens à votre disposition, à main nue ou avec une épée de bois, cela devient une partie de vous autant qu'un bras ou un pied. Donc, dans l'aïkido vous devez cessez de le considérer comme un simple objet. Il devient une extension de votre propre corps.

 

Ensuite vient iriminage. Dans cette technique vous entrez alors même que votre adversaire essaie de vous frapper par des atemi (des coups). Par exemple, le partenaire frappe sur côté de votre visage avec son poing ou la main sabre (tegatana). En employant la puissance de votre partenaire, vous ouvrez votre corps à l'arrière gauche tout en menant sa main droite de vos deux mains étendues, en poursuivant dans la direction de son mouvement. Alors, tenant la main de votre partenaire vous le déplacez dans un mouvement circulaire autour de sa tête. Il tombe alors avec sa main enveloppée autour de sa tête.... Ceci est aussi fait avec le flux du ki... Il y a des théories sophistiquées diverses sur ce point. Il est alors totalement impuissant, ou plutôt sa puissance est guidée dans la direction que vous voulez lui faire prendre. Ainsi plus son attaque est puissante, plus cette puissance est pour vous. D'autre part, si vous vous opposez à la puissance de votre partenaire vous ne pouvez jamais espérer gagner contre une personne très forte.

 

O Senseï : Dans l'aïkido vous n'allez jamais contre la puissance de celui qui attaque. Quand il vous attaque, frappe ou coupe avec une épée, il y a essentiellement une ligne ou un point. Tout que vous devez faire, c'est éviter cela.

 

Kisshomaru Ueshiba : Ensuite nous faisons les techniques suivantes : à genoux ikkyo sur une attaque shomenuchi, nikyo, techniques alors communes et techniques d'immobilisation, etc.

 

L'aïkido contient beaucoup d'éléments spirituels. Combien de temps faudrait-il pour acquérir une compréhension de base d'aïkido en débutant par le commencement même ?

 

Kisshomaru Ueshiba : Nous ne pouvons répondre de façon générale, mais quand des personnes pratiquent durant environ trois mois, ils commencent à découvrir ce qu'est l'aïkido. Et ceux qui ont achevé trois mois de pratique recevront une formation pendant six mois. Si vous pratiquez pendant six mois, vous pouvez donc continuer pendant un temps indéfini. Ceux qui ont seulement un intérêt superficiel quitteront avant trois mois.

 


 Je sais qu'il y aura un examen shodan le 28 de ce mois. Combien y a-t-il de détenteurs de ceinture noires actuellement ?

 

Kisshomaru Ueshiba : Le rang le plus élevé est le 8ème Dan et il en existe quatre. Il y a six 7ème Dan. Et les détenteurs du Dan sont tout à fait nombreux, mais bien sûr, ce chiffre inclut ceux qui étaient entrés en contact avec le Hombu Dojo après la Guerre...

 

1954 tv documentaire. AÏKIKAÏ HOMBU DOJO